Un site naturel à découvrir : son histoire humaine, ses vestiges, sa faune, sa flore...

"Une trentaine de kilomètres de gorges suffirait à faire de la Cère une perle des rivières du Massif central et de la ligne ferroviaire une des plus étonnantes de France

 

 

Introduction

 

La Cère, comme la plupart des autres cours d’eau de la région, se caractérise à la fois par l’abondance spécifique de l’écoulement dans son bassin versant et la forte pente de son profil longitudinal. Ces aspects hydrographiques ont facilité la constitution, à partir des années 1920, d’un paysage de production hydroélectrique. Avant que l’entreprise Electricité De France (E.D.F.) soit nationalisée, des compagnies privées comme les aciéries de Firminy ont construit bon nombre d’ouvrages hydroélectriques dans les Gorges de la Cère. De La Roquebrou à Laval de Cère, il existe à l’heure actuelle six barrages sur la Cère dont deux sur ses affluents, l’Escaumels et le ruisseau de Candes, construits entre 1920 et 1970. Il se trouve également deux ponts-canaux sur les deux affluents cités précédemment, une passerelle traversant la Cère à proximité de la halte S.N.C.F. de Siran et trois galeries souterraines alimentant les conduites forcées des usines de Lamativie, Laval de Cère I et II.

Les aménagements hydroélectriques

Les entrées et sorties des conduites forcées sont protégées par des grilles qui empêchent les objets encombrants de pénétrer dans ces conduites et d’arriver dans les turbines et les abîmer. Aujourd’hui automatisé, le nettoyage de ses grilles se faisait auparavant à la force des bras. C’est ce que les ouvriers appelaient le dégrillage. Avec un gros « râteau », il fallait enlever feuilles, morceaux de bois, poissons morts, auxquels s’ajoutent maintenant des plastiques ou des emballages, surtout en période de crue où les objets flottants étaient plus nombreux à l’image des troncs d’arbres. Il fallait à tout prix que le flux d’eau dans la galerie diminue et ne fasse diminuer la production hydroélectrique. Par ailleurs, l’eau ne s’arrêtant pas de couler, il fallait surveiller et nettoyer ces grilles en permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il existe quelques anecdotes autour de ces grilles dont une racontée par Jean Anisset, d’Arpajon-sur-Cère. « Un jour de tempête, un habitant avait été mobilisé pour aller dégriffer les grilles encombrées. Après plusieurs heures de travail et n’arrêtant pas de râler car il était à bout de bras, il remonta des jambons fumés qui s’étaient bloqués contre la grille. Ce fut une récompense pour cet ouvrier dont le travail avait été pénible.»  Avant les conduites forcées, se situent également deux déversoirs d’urgence en cas de panne à l’usine. Il existe également trois usines hydroélectriques dans les Gorges de la Cère, à Lamativie et Laval de Cère. À la base, une conduite avait été montée près de la halte de Siran, sur la commune de Goulles, avec des turbines et des alternateurs afin de pouvoir produire du courant. Cette dernière a totalement disparu, même si quelques vestiges de la conduite sont encore perceptibles. Les trois autres usines sont aujourd’hui automatisées.  

Pour compléter ces données, il est important de présenter le barrage de Saint-Etienne Cantalès (Cantal), inauguré par le général De Gaulle en 1945, qui est de loin le plus important sur la Cère. S’il n’est pas sur le territoire des Gorges, il reste néanmoins le barrage qui a le plus d’influence dans la gestion des phénomènes de crues. Il dispose d’évacuateurs de crues calibrés à 1 100 m3/s. Haut de 63 mètres, il occupe une superficie de 566 hectares pour un volume de retenue de 139 millions de m3.  Il se situe sur la commune de Saint-Etienne Cantalès, à 517 mètres d’altitude. L’usine de même nom est la principale du secteur. Elle compte un débit turbiné de 165 m3/s pour une puissance de 105 millions de Watts.

Les galeries

 

Comme la construction de la ligne de chemin de fer, un nouveau paysage s’est construit avec le début de l’exploitation de l’énergie hydroélectrique dans les Gorges dans les années 1920. La première galerie souterraine, dite « la Zéro », s’étend sur onze kilomètres depuis le barrage de Montvert à l’usine de Lamativie. Elle fut percée à la pioche et à la dynamite, en deux temps. Les ouvriers ont tout d’abord réalisé la portion de Montvert à la halte de Siran puis de cette dernière à Lamativie. La seconde portion fut percée à l’aide de compresseurs alimentés avec l’électricité produite par l'usine transitoire de Siran. Ces travaux, achevés vers 1922, furent très difficiles, nécessitant plus de dix heures d’exercice par jour. Les ouvriers ont creusé un tunnel large de trois mètres sur trois environ. Des passages de granit étaient attaqués au burin et au marteau pour creuser les niches à dynamite. Par ailleurs, des problèmes sont intervenus lors de la traversée de zones argilo-calcaires qui étaient assez difficiles à maîtriser. Le long de cette galerie, il existe un chemin qui correspond actuellement à la partie corrézienne et lotoise du  G.R.* 652. La largeur et la surface peu pentues du chemin permettent d’imaginer le passage de charrettes pendant la construction de l’ouvrage. À l’époque, ce chemin de service servait à l’alimentation du chantier en vivres, en poudre, voire en hommes. Parallèle au tracé, il communiquait avec la galerie par l’intermédiaire de fenêtres, encore visibles aujourd’hui. Elles étaient ouvertes perpendiculairement vers la Cère pour évacuer les remblais sur des wagonnets posés sur des rails, et tirés par des mules ou des bœufs. Profondes de 50 à 100 mètres, ces fenêtres ont toutes été bouchées au fond pour permettre le passage de l’eau dans la galerie. Elles abritent les chauve-souris dont l’espèce est protégée par la Directive Habitats nationale. Certaines entrées de fenêtres sont aujourd’hui obstruées, soit volontairement par  E.D.F. par des grilles, soit par éboulement naturel. D’autres souterrains permettaient aussi de stocker la poudre nécessaire au percement de la galerie principale. Les explosifs étaient entreposés sur des étagères en bois dont les vestiges sont encore perceptibles actuellement.  Une seconde galerie, longue de sept kilomètres et construite dans les mêmes conditions que « la Zéro » dans les années 1930 après l’ouverture de l’usine de Lamativie, permet de relier cette dernière à la prise d’eau de Marconcelles (usine de Laval de Cère I), alimentant ainsi l’usine située en rive droite de la Cère. La troisième galerie date, quant à elle, des années 1950, et fut percée à l’aide d’un compresseur et de machines adaptées. Elle se situe sur la rive gauche de la Cère et relie le barrage de Nèpes à l’usine de Laval de Cère II par les plateaux du Lot. Elle coupe notamment les deux affluents que sont l’Escaumels et le ruisseau de Candes.

Lamativie

 

Dans les Gorges de la Cère, un site a une histoire toute particulière. Il s’agit de l’ancienne cité ouvrière de Lamativie, sur la rive corrézienne de la Cère. Dès 1927, année de l’ouverture de l’usine hydroélectrique, une ambiance de vie s’était installée dans ce site très encaissé. Celle-ci a duré une cinquantaine d’années, jusqu’à l’automatisation de l’usine en 1977. Le train s’arrêtait sur la rive lotoise, les enfants allaient à l’école, les ouvriers à la cantine et la gendarmerie surveillait le site. Des hôtels accueillaient les travailleurs temporaires. Les ouvriers de la cité avaient même construit une chapelle en bois, à la fin des années 1940, pour pouvoir exercer leur culte et pour que le curé puisse enseigner le catéchisme aux enfants. Le visiteur émerveillé peut penser : « En s’y arrêtant un instant, on s’aperçoit qu’il règne encore aujourd’hui une ambiance particulière sur ce site. En imaginant un peu, on entend encore au loin le train à vapeur qui siffle pour annoncer son arrivée. Ce sifflement, qui résonne et qui est réfléchi sur l’ensemble des parois rocheuses aux alentours. De la chambre d’eau, à laquelle on accédait que par le wagon-funiculaire, on peut voir au loin les élégantes dames en habits de jadis attendant sur le quai de la gare. On entend aussi au loin la police qui surveille les heurts entre les différentes nationalités présentes en ce lieu, le cri des enfants, jouant dans la cour de l’école…» (propos de Aurélien Trioux).   Un témoignage du Docteur Dumas de Sousceyrac illustre parfaitement cette ambiance de vie : « En tant que médecin, j’ai souvent fait cette mauvaise route de jour comme de nuit pour visiter les malades de la cité E.D.F. ou la famille du chef de gare. Je me souviens d’un certain accouchement à domicile dans un logement situé à la chambre d’eau au bout de la conduite forcée. Pas de route, un sentier ou la plate-forme téléphérique de l’usine. Un autre bon souvenir, les quatre heures dans la petite auberge située sur le côté corrézien. L’aubergiste, Mme Lavergne, avait comme spécialité la truite fraîche de la Cère aux petits lardons et l’omelette aux cèpes bien baveuse. Un régal.» (Revue Sousceyrac d’hier à aujourd’hui)

Une vingtaine de familles ont habité le site de Lamativie, aujourd’hui déserté et quasiment abandonné. L’ancienne cité est cachée par la végétation. La gare n’est plus et la vie s’est brusquement arrêtée le jour où la modernisation de l’usine est arrivée dans les Gorges… Mais à la manière des kilomètres de fer déployés et des 22 tunnels qui se poursuivent sur la ligne et racontent la prodigieuse histoire de la construction de la ligne ferroviaire, l’hydroélectricité, elle aussi, a imprimé son histoire, une histoire industrielle forte dans les Gorges de la Cère. Les ouvrages subsistants : usines, barrages ou déversoirs sont et en demeureront les grands témoins.

 
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