|
Au fil des Gorges, la ligne de chemin de fer |
|
L’histoire de la ligne de chemin de fer reliant Aurillac à Saint-Denis
près Martel (Lot) a débuté au milieu du XIXe siècle. Le 29 juin
1862, il est élaboré une proposition de ligne en prolongement du tracé
reliant Libourne, en Gironde, à Bergerac, dans le département de la
Dordogne. Celle-ci devait ainsi passer par Sarlat (Dordogne), Souillac
et Bretenoux (Lot) puis La Roquebrou pour rejoindre Aurillac (Cantal).
À la base, la ligne de chemin de fer ainsi construite devait permettre
d’assurer la prospérité industrielle du secteur. D’autre part,
elle devait éviter le transport coûteux du bois débité qui était déplacé
à grands frais vers Bergerac et Libourne au moyen du flottage et de
l’embarcation sur les petites rivières d’abord et la Dordogne. En
effet, le bois transporté arrivait sur le marché à un prix si élevé
qu’il était impossible de lutter contre le bois du Nord ou celui de
Bosnie-Herzégovine. La
construction de la ligne a nécessité des travaux très importants réalisés
par 800 à 900 ouvriers environ, en majorité français ou italiens. De
nombreux conflits ont d’ailleurs éclaté entre les deux nationalités,
notamment les jours de paie. Tableau n°4 :
Evolution du nombre d’ouvriers du 10 avril 1883 au 10 avril 1884
Source :
Archives départementales du Cantal (série 5S3) – Données Mme
Anisset, Arpajon s./Cère, mai 2004. Le plus gros chantier
fut indiscutablement la réalisation des ouvrages d’art. Sur la
portion La Roquebrou-Laval de Cère, il existe encore deux ponts et
surtout 23 tunnels creusés à la pioche et à la dynamite
.
Ces tunnels couvrent en moyenne une longueur de 200 mètres, le plus
petit en mesurant 47 (Roquelade) et le plus grand 573 (Lasbordes). Aux
deux extrémités de chaque souterrain est gravé, dans la pierre, le
nom et les dates de construction. D’autre part, à chaque extrémité
de tunnel était construite une maisonnette, habitée par un agent qui
entretenait régulièrement une portion de voie et sa famille. La
plupart des maisons de passages à niveau et de gardiens de section de
voie ont été supprimées. Aujourd’hui, Il existe cependant des
cabanes de deux mètres sur trois qui sont des abris de parcours pour
les équipes de travaux basées à La Roquebrou. Le tunnel de la
Verrerie, dans la partie cantalienne, a été fermé en raison d’un écroulement
progressif de sa structure. Il a été dévié en 1962 par l’ouverture
d’un viaduc d’environ 500 mètres sur la rive gauche de la Cère. La mémoire orale du territoire raconte que chacun des tunnels mais aussi des ponts dispose d’un creux qui avait été construit pour déposer des explosifs et saboter la ligne pendant les guerres. Par
ailleurs, il existe trois autres tunnels sur la ligne
Aurillac-Saint-Denis près Martel en dehors de la portion précédemment
citée.
La
mise en service de la voie a eu lieu le 11 mai 1891. Dès les premières
années, de nombreux accidents se sont produits. Il s’agissait
principalement de déraillements dus à des éboulements de roches tombées
sur la voie. Ces accidents ont malheureusement fait beaucoup de
victimes. Jusqu’en 1941, il
existait quatre gares dans les Gorges de la Cère, situées à La
Roquebrou, Siran, Lamativie et Laval de Cère. Aujourd’hui, il n’en
reste plus que deux qui se trouvent à La Roquebrou et à Laval de Cère.
La halte de Siran, dont
le site est toujours sur pied, a été dès le départ souhaité par les
communes de Siran et de Saint-Julien le Pèlerin. Elle fut implantée près
de la verrerie du Theil. La desserte des voyageurs a cessé en 1941, la
halte étant jugée peu rentable par la compagnie d’exploitation de la
ligne. La
gare de Lamativie,
fermée définitivement aux voyageurs au début des années 1990, a été
rasée en 2002, en raison des différentes dégradations dont elle a été
victime. Cependant, les randonneurs peuvent encore prendre le train ou
s’arrêter sur le site pendant l’été grâce au fonctionnement
d’un « train-stop ». C’est par ailleurs à cet endroit que
les trains se croisent sur la portion des Gorges de la Cère. La gare de La Roquebrou,
quant à elle, est aujourd’hui la seconde gare du Cantal pour le
transport du bois. La mémoire orale et les
registres communaux signalent également que beaucoup de personnes sont
nées au fond des Gorges de la Cère, durant la fondation de la voie.
Certains registres de naissances sont d’ailleurs conservés par les
mairies, ainsi que les cahiers des blessures. Enfin,
il existe aujourd’hui un système d’alerte « Voie
bouchée » qui entre dans le cadre de la protection de la
ligne en cas d’intempéries ou d’éboulements. Ces derniers sont en
effet assez fréquents en raison de la configuration géologique des
Gorges de la Cère.
Les verreries et la fondation de la ligne ferroviaire, dans les
Gorges de la Cère, ont permis de créer une formidable histoire
humaine.
|